« Quand l’émotion gouverne, la justice recule. »

Le meurtre de la jeune Lyhanna a profondément bouleversé notre pays. Face à l’horreur de ce drame, à la douleur de sa famille et à l’émotion légitime qu’il suscite dans l’opinion publique, notre premier devoir est celui de la compassion et du recueillement.

Mais lorsque l’émotion est déjà immense, la responsabilité politique n’est pas d’ajouter de l’émotion à l’émotion. La démagogie émotionnelle ne renforce ni la justice, ni la confiance des citoyens, ni la crédibilité de la parole publique. Elle nourrit l’indignation sans apporter les réponses que nos concitoyens sont en droit d’attendre.

Au-delà du drame lui-même, cette affaire nous oblige à nous interroger sur la confiance que les Français accordent à leur justice. Héritière d’une longue histoire, profondément enracinée dans notre tradition juridique, humaniste et dans les principes de responsabilité et de dignité de la personne qui ont façonné notre civilisation, la justice demeure l’un des piliers fondamentaux de notre pacte républicain.

Pourtant, force est de constater qu’une partie croissante de nos concitoyens doute aujourd’hui du bon fonctionnement de l’institution judiciaire. Ce n’est pas tant une crise de légitimité qu’une crise de confiance. Cette réalité ne peut être ignorée.

Dans toute démocratie mature, la chaîne de responsabilité commence au sommet. Lorsqu’un dysfonctionnement majeur survient dans une administration placée sous l’autorité de l’État, le ministre concerné doit être prêt à assumer sa responsabilité politique. Présenter sa démission n’est pas reconnaître une faute personnelle ; c’est rappeler qu’il ne peut y avoir d’autorité sans responsabilité. Libre ensuite au Premier ministre de l’accepter ou de la refuser.

Cette culture de la responsabilité s’est progressivement affaiblie dans notre vie publique. Or c’est précisément lorsqu’un responsable est prêt à assumer ses responsabilités qu’il est le plus crédible pour défendre les femmes et les hommes qui servent l’institution qu’il représente.

Nous devons également ouvrir une réflexion sereine sur les mécanismes de contrôle et d’évaluation de notre système judiciaire. Cette exigence n’est en rien contradictoire avec l’indépendance de la justice. Au contraire, une institution forte est une institution qui accepte l’évaluation. Le contrôle du fonctionnement de la justice ne peut reposer exclusivement sur le Conseil supérieur de la magistrature. Il est légitime de réfléchir aux moyens de renforcer la transparence, la responsabilité et l’efficacité de notre système judiciaire.

Enfin, la question de la justice ne peut être réduite à celle des moyens budgétaires. Depuis plusieurs années, les crédits consacrés à la justice ont fortement augmenté. Cet effort était nécessaire. Mais comme pour la Loi de programmation militaire, la véritable question n’est plus seulement de dépenser plus ; elle est de dépenser mieux.

Chaque drame conduit souvent à l’adoption de nouveaux dispositifs présentés comme des réponses immédiates à l’émotion collective. Nous devons pourtant nous interroger sur leur efficacité réelle. Ainsi, certaines mesures récemment adoptées concernant le recours systématique à des avocats commis d’office dans les procédures impliquant des mineurs représentent des coûts considérables pour les finances publiques. La véritable question n’est pas le montant de la dépense mais son efficacité. Ces dispositifs améliorent-ils réellement la protection des enfants ? Renforcent-ils effectivement la qualité de la justice rendue ? Voilà le débat que nous devons avoir.

La protection des plus vulnérables mérite mieux que des réponses dictées par l’émotion ou la facilité législative. Elle exige des politiques publiques évaluées, efficaces et responsables.

Face aux drames qui marquent notre société, refusons les réactions immédiates dictées par l’émotion du moment. Préférons la lucidité, la responsabilité et l’exigence de réforme. C’est à cette condition que nous restaurerons durablement la confiance dans la justice, dans l’action publique et dans nos institutions démocratiques.

Philippe Folliot
Co-Président de l’Alliance Centriste
Sénateur du Tarn

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